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Vers une grève reconductible à la SNCF

vendredi 18 novembre 2005

Introduction de Michel Le Reste à la conférence de presse des fédérations CGT - FO - Sud - FGAAC, le mercredi 16 novembre 2005

LES CHEMINOTS SERONT DANS L’ACTION À PARTIR DU 21 NOVEMBRE 2005 - 20h

Bonjour à tous , Merci d’avoir répondu à l’invitation des fédérations syndicales de cheminots CGT - FO - SUD rail et FGAAC à cette conférence de presse qui précède l’action des cheminots à partir du lundi 21 novembre à 20 h. Plus que jamais aujourd’hui, dans la crise économique et sociale que traverse notre pays, les services publics ont besoin d’être renforcés, développés pour répondre aux besoins de l’ensemble de la société. Il s’agit de permettre l’accès à tous à l’éducation, à la formation, à la santé, à l’emploi, à l’énergie et bien évidemment aux transports. Des mobilisations se développent dans le pays pour exiger le maintien et le développement des services publics dans leur dimension d’utilité sociale, comme outils d’insertion, de solidarité, de cohésion sociale. Dans le même temps, la population souhaite que les services publics évoluent, se modernisent pour renforcer leur qualité et leur efficacité. En tant qu’organisations syndicales de salariés, nous partageons pleinement ces aspirations. Après les privatisations d’air France, de France TELECOM, de GDF, de la SNECMA, de la SNCM, la frénésie libérale se poursuit en s’attaquant à EDF, aux sociétés d’autoroutes et aux aéroports de Paris. Comment pouvons-nous dés lors croire aux paroles du premier ministre quand il dit que la SNCF n’est pas concernée par une future privatisation ?

Qu’ont constaté les cheminots dans la dernière période ?

Le SERNAM est privatisé, la SHEM qui était propriété à 98% de la SNCF, qui nous fournissait 30% de notre électricité et rapportait 70Millions d’Euros de CA par an à la SNCF est en voie, elle aussi, de privatisation. La filiale TELECOM DEVELOPPEMENT qui assurait entre autre la gestion du réseau fibres optique de la SNCF est également privatisée dans le cadre de la fusion CEGETEL/NEUF TELECOM. L’ex CNC, aujourd’hui NAVILAND CARGO, qui était détenue à 93% par la SNCF est en voie de privatisation.

La SNCF a par ailleurs privatisée la gestion des approvisionnements des ateliers du Matériel ( moins 500 emplois) confiée à la société TNT et envisage de filialiser une partie de l’ingénierie SNCF. Cette situation couplée à l’organisation interne de la SNCF en branches et activités indépendantes voire concurrentes ne pourrait pas faire poser aux cheminots de légitimes questions sur l’avenir de leur entreprise publique de service public ? Une partie de la réponse est contenue dans l’extrême fébrilité qui agite la direction de la SNCF et le Gouvernement s’évertuant à démentir, la main sur le cœur, qu’il n’y a rien dans la stratégie poursuivie qui pourrait laisser supposer que demain la SNCF serait concernée par des privatisations. Il n’y a pas d’attaque frontale et globale mais les choses se mettent en place de façon plus insidieuse.

Il est de la responsabilité des organisations syndicales de débattre de ces questions avec les cheminots et de les faire intervenir. Gouvernement et direction SNCF jouent la même partition. Côté gouvernement, on refuse de régler l’endettement du système ferroviaire dont il est pourtant responsable, on contraint la SNCF en se désengageant financièrement et on la pousse sur les voies de la concurrence et de la privatisation.

Côté SNCF, on met en œuvre un certain nombre de réformes internes qui modifient en profondeur l’entreprise, on supprime des milliers d’emplois tous les ans, 11 561 depuis 2002. Dans le même temps, les directives et les règlements européens de libéralisation viennent compléter le processus d’éclatement des services publics.

Prenons l’exemple des infrastructures ferroviaires qui viennent de faire l’objet d’un audit dont l’état des lieux ne surprend aucunement les cheminots et leurs organisations syndicales. Ce qui est préoccupant c’est le silence du gouvernement et de la SNCF sur les recommandations de l’Audit qui proposent entre autres de ne plus entretenir en global 11 000 Km de lignes, soit 1/3 du réseau national où la fréquence des trafics est la plus basse. Dans de telles conditions, ces 11 000 Km de lignes seraient soit vouées à l’abandon soit proposées à des concessions privées. Mais quoi qu’il en soit, ce serait des milliers de Km de lignes en moins dans notre pays. Ce serait catastrophique pour le service public SNCF, pour les cheminots, pour les populations, pour l’emploi et l’économie de régions entières déjà sinistrées par l’abandon de nombreux services publics de proximité, comme La Poste. C’est dans la foulée de cet audit que le Gouvernement tente de faire adopter (en catimini) au Sénat et à l’Assemblée Nationale ‘débat et vote début décembre) un projet de loi consistant entre autres, à modifier la loi de 1997 pour faire entrer les financements privés pour la construction et la maintenance des nouvelles infrastructures ferroviaire. Cela signifie que l SNCF et les cheminots de l’Infra seront mis en concurrence pour l’exécution des tâches. Quand le résultat financier devient le seul objectif à atteindre, la casse est inévitable. De ce point de vue, la SNCF n’arrive même plus à masquer l’échec de son plan financier pour le fret. La perte et l’abandon des trafics liés à ce plan traduisent en équivalence au volume de marchandises transportées à mettre 650 000 camions supplémentaires sur les routes. Les résultats ne sont pas au rendez-vous puisqu’à fin septembre 2005, les recettes sont en baisse de 7%, la régularité est de 62,5% au lieu des 80 prévus et les trafics sont en baisse de 11%. La SNCF fait figure de mauvais élève en Europe.

La direction de la SNCF tente de prendre les devants pour masquer l’échec de son plan de casse du Fret en culpabilisant les cheminots et les organisations syndicales qui vont se mobiliser à partir du 21 novembre 2005 - 20h, alors que, sans nier les impacts des mouvements sociaux, ce qui est posé plus fondamentalement ce sont les choix stratégiques qui nous amènent à la situation dégradée que nous constatons.

Les organisations syndicales n’ont cessé d’alerter la SNCF sur les conséquences d’un tel plan, et ce depuis sa mise en place. Mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Pourtant, pour la SNCF, tout va bien dans le meilleur des mondes. C’est ce qu’elle a asséné à 600 dirigeants de l’entreprise lors d’une convention à Zurich, il y a quelques jours, n’hésitant pas à maquiller la réalité de la situation.

Les travaux de cette convention sont instructifs de l’état d’esprit qui anime la direction, des ambitions qu’elle affiche pour la 4e phase du Projet Industriel où pour notre part nous considérons que les dés sont pipés d’avance.

Les conclusions de cette convention présentées par M.Pépy où on relève la volonté de construire des transformations de fonctionnement, de culture, de posture, les projets qui ont le plus fort impact économique sont privilégiés, où il est question de « finir le job de la gestion par activités » et de conclure rapidement les réorganisations même si ça secoue avant de passer aux années « business » constituent une transition concrète par rapport à ce pourquoi nous en sommes aujourd’hui à passer un cap dans la mobilisation avec les cheminots.

Celui-ci s’inscrit dans un processus revendicatif démarré sur les mêmes sujets par la manifestation nationale à Paris le 25 novembre 2004 qui aura vu 50.000 cheminots défiler dans les rues, prolongée par des grèves nationales, des actions régionales, locales et mouvements catégoriels, le rassemblement de 2.000 cheminots le 21 septembre dernier sous les fenêtres du conseil d’administration. Toutes ces alertes auraient du recevoir d’autres réponses, que l’accélération de projets de réorganisations contestés par les cheminots dont l’expression s’est faite dans les mobilisations sociales.

Nous n’avons donc que peu été entendus. Pire la direction de la SNCF feint la surprise devant tant de revendications existantes dans l’entreprise, lors de la demande de concertation immédiate qu’elle a initiée pour tenter de désamorcer le conflit dans l’entreprise. Ce n’est certainement pas comme cela qu’elle y arrivera, surtout quand elle se présente les mains vides. Les cheminots exigent des réponses claires et précises sur l’emploi, les réorganisations, le service public, les salaires. Ils ne sont pas dupes vis à vis de l’abondante propagande déversée par la direction depuis plusieurs semaines dans les établissements.

Loin de ces manoeuvres, les organisations syndicales agissent au contraire en total cohérence avec leurs actes. Les grèves seraient aujourd’hui responsables de l’échec des orientations politiques de la SNCF. Il faut remettre les choses à leur place. Il est donc évident que si l’on veut se cantonner à cette stratégie, où seules la direction de la SNCF et le gouvernement auraient raison, les marges de manœuvre sont faibles et le conflit inévitable.

Ce n’est pas le contenu des réponses faites par la direction de la SNCF qui sont de nature régler le malaise grandissant dans l’entreprise et à empêcher un conflit que la direction ne semble pas vouloir éviter.

Hormis des aménagements sur le Fret qui ne remettent pas fondamentalement en cause l’orientation du plan de casse de cette activité, le gel de la restructuration des A.I.R. (Agences Immobilières Régionales), l’annonce du retrait de projet pour renforcer les embauches des cadres au statut en CDI de droit privé, le rattachement des futurs CRTT à l’EMT de Paris Est au lieu de leur rattachement à l’EEX et une table ronde Traction le 15 novembre, la direction est, pour la deuxième fois consécutive, venue avec la volonté de ne rien lâcher sur le fond.

Pire, elle renvoie, sur des revendications pourtant urgentes sur l’avenir du service public, les restructurations, l’emploi ou le pouvoir d’achat, à des réunions ultérieures, étalées sur des semaines ou des mois, voire à fin 2006 pour le plan de distribution de VFE prévoyant la suppression de 2330 emplois de vendeurs dans les gares !

Ce comportement est une véritable provocation pour les cheminots qui attendaient, pour le moins, quelques réponses positives à leurs revendications.

C’est aussi une mauvaise nouvelle pour les usagers qui vont continuer à subir l’affaiblissement du service public et la dégradation de leurs conditions de transport. Nous sommes en droit de nous interroger sur les motivations réelles de la direction, du Président de la SNCF et du gouvernement qui est lui aussi directement concerné par les exigences portées par les cheminots. Ces deux tables rondes, annoncées à grand renfort de publicité, n’auraient-elles eu comme seul objectif une opération de communication interne et externe à l’entreprise ?

En tous les cas, la SNCF ne peut masquer les réalités. Les revendications en cause sont bien connues de la SNCF et du gouvernement. Cependant, après les deux tables rondes du 10 et du 14 novembre avec la SNCF, les revendications des cheminots demeurent. Il ne tient qu’à la direction et au gouvernement d’éviter ce conflit ou qu’il ne se prolonge le moins longtemps possible.

Les quelques jours qui nous séparent du début du préavis sont autant de temps disponible pour enfin répondre aux revendications. Les fédérations syndicales sont disponibles pour engager immédiatement une véritable négociation permettant de répondre aux revendications des cheminots.

Dans le cas contraire, la direction SNCF et le gouvernement porteront l’entière responsabilité de ce conflit. A cet effet, un préavis de grève CGT - FO -Sud Rail et un préavis de la FGAAC ont été déposé hier auprès de la direction de la SNCF à compter du lundi 21 novembre 2005 à 20h, ils sont illimités et reconductibles par périodes de 24h.

2 Messages de forum

  • Vers une grève reconductible à la SNCF 22 novembre 2005 12:40, par Sans

    C’est une honte que des privilégies comme vous empèches les véritables travailleurs de se rendre dans leurs entreprises !
    Un salarié n’a pas à prendre de décision de dirigeants ! Vous etes rémunérés pour faire un travail, pas pour vous tourner les poces !
    Les nourrices de vos enfants ont-elles le droit de faire grève si elles ne sont pas d’accord avec la façon dont vous habillez vos gosses !
    Vous faites partis des gens qui nous font honte à l’étranger !
    Si vous vouliez prendre des responsabilités, il fallais créer votre entreprise et risquer comme il vous chante de déposer le bilan !
    Il est lache de jouer avec l’argent des autres !
    Si vous n’etes pas heureux de votre sort, DEMISSIONEZ ! A cause de vous j’ai raté un rendez vous d’embauche très important ! Pour vous aussi un nettoyage au karcher ferai du bien !

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