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Ségolène et les profs : le plan caché (...)

dimanche 12 novembre 2006

Les grands médias, la vidéo, les mels, internet, la manipulation, la vérité, la démocratie participative, les citoyens, les profs, le calcul des heures de travail pour tous, le premier ministre hongrois et Ségolène Royal...

Par Gérard Filoche.

A propos d’une petite vidéo qui fait très mal...

Je suis frappé de cette réaction de Ségolène Royal qui prend actuellement sur toutes les chaînes télévisées, la diffusion de la vidéo sur ce qu’elle a dit contre les enseignants, comme une manoeuvre « malhonnête », comme si c’était un « coup » de dernière minute de la campagne... contre elle...

Mais, en fait que s’est-il passé ? Certainement « quelqu’un » a trouvé, ou retrouvé cette vidéo avec des intentions politiques évidentes de polémiquer contre « la candidate favorite des sondages » (comme l’appelle la presse). Sans doute, celui ou ceux qui, à l’origine, ont initié cela étaient des adversaires de la candidature de Ségolène, bien évidemment. Sans doute, ils ont essayé de diffuser au maximum cette information pour combattre le succès éventuel de sa candidature.

Mais quelles chances avaient-ils de « réussir » ?

Mais en quoi était-ce une « manipulation », un « coup », une « attaque tronquée » de dernière minute ?

Etait-ce faux ? « Non », la candidate nous le dit, les images parlent d’elles-mêmes, en substance, « c’était un peu rapide, il faudrait pouvoir en discuter davantage sur le fond...car l’éducation est une chose sérieuse, et elle ne peut être traitée comme cela, à la va-vite... » Elle se plaint d’être ainsi maltraitée, certes.

Mais n’est-ce pas le lot quotidien de l’information dans ce pays ? Sur tous les sujets, tout le temps, quelle que soit la chaîne, le support papier ? Ne faut-il pas faire de « petites phrases » et, seules, elles sont retenues, n’est-ce pas ?

Certes on pourrait discuter sur le fond : car dans le privé, (DANS L’ENSEIGNEMENT PRIVE !), on tient en général pour acquis (c’est contesté, les patrons de l’enseignement privé n’en veulent pas, mais c’est la discussion centrale des conventions collectives depuis plus de dix ans) qu’une heure de cours vaut triple : une heure de « face à face » pédagogique vaut trois heures, elle induit une heure de « préparation pédagogique » et une « heure de suivi pédagoqique ». A ce compte, bien sur, les enseignants du public (public !) font 17 h X 3 soit 51 h par semaine... Les ramener « à 35 h », ce serait diminuer le nombre d’heures qu’ils font pour leur permettre de mieux faire cette préparation et ce suivi pédagogique dans l’intérêt des élèves et de la qualité des cours, en les payant conformément aux heures effectuées réellement (correction de copies, préparation de cours) etc. Dans des classes de 15, là ou c’est nécessaire, ce ne serait pas mal, non ? (Mais ce n’est pas ce qu’il y avait dans la vidéo). Allez donc trouver une chaîne de télé où l’on puisse expliquer cela sereinement à une heure de grande écoute...

Là, dans le cas présent, sur ce sujet pourtant discuté depuis des décennies, (les horaires et les vacances des profs) « quelqu’un », quelqu’il soit, qui ne disposait pas de Tf1, ni de France 2 ou 3, ni d’un grand journal pour faire cela, (ce ne pouvait pas être une campagne de Bouygues, Lagardère, Dassault, ni Rotschild) ... un « quelqu’un » donc, peu importe, a retrouvé et diffusé cette intervention de Ségolène Royal, affirmative, concrete, illustrée, sur le ton communicatif ordinaire qu’on lui connaît, par le truchement de cette vidéo et d’ internet.

Normalement, il n’avait aucune chance, pensez-vous, des images anciennes, perdues, inabouties, d’une réunion passée... un « quelqu’un » qui veut soulever ce problème (pas forcément décisif pour une candidate à la présidence, mais important quand même, il y a un million d’enseignants) a peu de chances de réussir. Car ce n’est évidemment qu’un aspect de la question de l’éducation, ce n’est pas tout, ce n’est pas essentiel ! Ce quelqu’un n’est, au départ qu’un citoyen de base, ou un militant déterminé, peu importe, ou même un petit « groupe » de base, mais il ne détient que des images d’une caméra « anonyme » ou « citoyenne », ça ne vaut rien... Et il les diffuse... ` Ce quelqu’un n’est même pas membre d’un « jury populaire » tiré au sort, il n’exprime pas « l’opinion » au hasard, ce « quelqu’un » n’est pas forcément « autorisé » à être reconnu comme « citoyen participatif », on peut le soupçonner. Il est partial. Sûrement ! ` Après tout, il n’a pas filmé un conseil des ministres, seulement des propos que la candidate ne renie pas (dans un conseil des ministres, les propos auraient pu être arrangés, là ils étaient libres et sincères, à voir les images...)

(de même qu’étaient libres et sincères les propos du premier ministre socialiste hongrois, qui ont été enregistrés à son insu, qui ont provoqué une grave crise à Budapest, il y a quelques semaines et Ségolène Royal avait réclamé sa démission, au nom de la vérité en politique, en cette occasion, pour ces propos filmés en séquence cachée, rediffusés partiellement...)

Dans tous les messages diffusés par internet, il peut y avoir de tout, hélas, on le sait, du vrai, du faux, de la médisance et de la calomnie, de l’ininformation et de l’information... Certes, mais le tri se fait... En général, pas toujours, mais ce tri est généralement intelligent, in fine, jusque là, collectivement, car il est soumis à un vaste et anonyme lectorat collectif (tiré au sort au moins par le fait que les gens concernés accèdent à internet)

Mais cette vidéo de Ségolène Royal sur les-enseignants-qui-ne-bossent-pas-qui-se font-des « sous » en-plus, hors de leurs horaires, au lieu de s’occuper gratuitement de leurs élèves, ce message-là, diffusé anonymement, de façon limitée, contestable, incertain, malintentionné sûrement, que lui est-il arrivé ?

Il a été, en quelques heures, reproduit à des des centaines de milliers d’exemplaires, sinon à compter en millions...

Aucun « complot » ne peut réussir une telle chose : qu’est-ce que sont quelques centaines de milliers de mels, à côté de Tf1, de France 2, de Itv, Lci, Bfm ? A coté de France inter, de Europe n°1, de Rtl ? Pourtant ces grands médias qui savent d’ordinaire « ’aller chercher » et « créer » sinon modeler l’évènement, surtout l’évènement de ce type... ont dû se contenter de le refléter, d’en rendre compte ... Ils ont suivi, été obligés de suivre, d’ailleurs en donnant tout de suite la parole à la « victime » de la manipulation pour qu’elle s’en défende...

De quoi réfléchir sur les rapports à venir entre les médias officiels et internet...

N’est-ce pas Ségolène Royal qui veut encourager le débat par internet, la prise de parole citoyenne, « désir d’avenir » ?

Et voilà que dans internet, une poignée de gens, on ne sait qui, sans moyens, se démultiplie, ils forcent les « grands médias » à parler de cette petite vidéo mal-foutue de janvier 2006, banale, partiale, partielle, tout ce qu’on veut,

voilà qu’elle est qualifiée par Ségolène Royal avec un souverain mépris sur un ton langue de bois, de « coup », de « manipulation » alors qu’elle connaît une diffusion inouïe, incalculable... par le « web », le « réseau » au point que cela devient un événement national !

Moi qui suis un grand pratiquant d’internet, c’est sans doute la première fois que je vois cela, à ce point, j’en témoigne modestement, depuis plus de six ans que ce média s’est développé (après la bataille pour les retraites à 60 ans en 2003, la bataille du « non » en 2005 -avec notre ami Etienne Chouard - par exemple, la bataille contre le Cpe, dont les argumentaires décisifs ont circulé par mel et ont été reproduit à des millions d’exemplaires...). Personnellement j’ai reçu plus de 70 fois en moins de 24 h la vidéo incriminée de Ségolène Royal contre les profs par de multiples sources, diverses, surprenantes, connues et inconnues, tout azimut,

un engouement qu’aucune explication de « complot » ne peut expliquer...

Des centaines de milliers de citoyens se sont emparés de cela, peut être un million ou plus... Sans ordre, sans obligation, comme ça... Pour le plaisir de « participer » sans doute, car la politique les intéresse...

Après, qu’est-ce qui arrive ?

Ségolène Royal ne dément pas , cette fois, sur tous les grands médias qui lui tendent leur micro, « les 35 h pour les profs au lycée », elle se plaint seulement que la façon dont elle l’a défendu dans ladite vidéo ne soit pas retraduite de façon pédagogiquement compréhensible, telle qu’elle l’a expliqué, ou voulu l’expliquer... En un mot, elle confirme et reconfirme !

Pour les profs concernés, n’est-ce pas ce qu’elle pense ? Bien sûr.

Le message qui a pris plus vite qu’un feu de forêt par grand vent, est clair et net : il brûle !

N’est-ce pas ce que les profs et au delà des millions de gens de gauche, ont vite compris ? N’est-ce pas la raison de l’indignation collective, massive ?

N’est-ce pas ce que chacun a compris au point de rediffuser cette vidéo plus vite que les lumières de TF1 ?

En voilà, de la « démocratie participative »,

personne n’a appuyé sur le bouton, personne n’a orchestré cela, personne n’en avait les moyens, les grands médias ne sont, pour une fois pas responsables de la sélection de cette information,

elle a poussé comme un champignon car elle avait la force de la vérité, de l’évidence populaire, autant que pour les propos du premier ministre hongrois, il y a quelques semaines...

Gérard Filoche, samedi 11 nov.


Ségolène Royal :

« Si le non l’emporte je serai obligé de privatiser les cantines scolaires ».

Jusqu’où ira le n’importe quoi ? Jusqu’à l’Elysée ? C’est à vous de décider.

Emission « Mots croisés » du 16 mai 2005 sur France 2. Quelques jours avant le référendum sur la Constitution européenne.

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