Pourquoi attaquer Facebook ?

dimanche 29 avril 2018

La Quadrature du Net. 19 avril 2018

Notre campagne d’actions de groupe commence par Facebook, qui est l’illustration la plus flagrante du modèle que nous dénonçons : rémunérer un service en échange de notre vie privée et de notre liberté de conscience. Détaillons aujourd’hui les conséquences de ses activités.

Alors que le RGPD entre en application dans un mois, Facebook campe sur ses positions et défend son modèle économique, annonçant il y a deux jours que ses services resteraient inaccessibles aux utilisateurs refusant d’être ciblés. Les modifications que l’entreprise souhaiterait faire (EN) pour, soi-disant, donner plus de contrôle à ses utilisateurs, apparaissent dès lors comme bien marginales et anecdotiques.

Revenons en détail sur les conséquences du modèle Facebook.

L’entreprise Facebook

Facebook a été créé il y a 14 ans, notamment par Mark Zuckerberg, son actuel directeur général, et emploie 25 000 salariés. Son chiffre d’affaire de 30 milliards d’euros repose à 98 % sur l’affichage publicitaire, proposé à 2,2 milliards d’utilisateurs actifs. Le site Facebook serait le 3e site Internet le plus visité (classement Alexa), mais l’entreprise détient également WhatsApp et Messenger (services de messageries), ainsi qu’Instagram (réseau de partage de photos et de vidéos, 17e site Internet le plus visité).

L’entreprise explique sans pudeur son fonctionnement : des personnes qui souhaitent diffuser un message (une publicité, un article, un événement, etc.) désignent à Facebook un public cible, selon certains critères sociaux, économiques ou de comportement, et paient l’entreprise pour qu’elle diffuse ce message à ce public, dans les meilleures conditions.

Ce fonctionnement implique deux choses : connaître chaque utilisateur, puis afficher les messages devant être diffusés, au bon moment et sous le bon format, pour influencer au mieux les personnes ciblées.

Détaillons la façon dont Facebook s’y prend.

Ce que Facebook analyse

Facebook explique dans sa Politique d’utilisation des données qu’il analyse les informations suivantes :

  • les contenus publics (texte, image, vidéo) que l’on diffuse sur la plateforme (c’est le plus évident, mais loin d’être le plus utile à analyser pour l’entreprise) ;
  • les messages privés envoyés sur Messenger (qui dit quoi, à qui, quand, à quelle fréquence) ;
  • la liste des personnes, pages et groupes que l’on suit ou « aime », ainsi que la manière dont on interagit avec ;
  • la façon dont on utilise le service et accède aux contenus (les articles, photos et vidéos qu’on lit, commente ou « aime », à quel moment, à quelle fréquence et pendant combien de temps) ;
  • des informations sur l’appareil depuis lequel on accède au service (adresse IP, identifiant publicitaire de l’appareil1, nom des applications, fichiers et plugins présents sur l’appareil, mouvements de la souris, points d’accès Wi-Fi et tours de télécommunication à proximité, accès à la localisation GPS et à l’appareil photo).

L’entreprise explique, toujours sans pudeur, analyser ces données pour nous proposer les contenus payés de la façon la plus « adaptée » (comprendre : de la façon la plus subtile, pour passer notre attention).

Comme on le voit, la majorité des données analysées par Facebook ne sont pas celles que l’on publie spontanément, mais celles qui ressortent de nos activités.

De l’analyse de toutes ces données résulte un nouveau jeu d’informations, qui sont les plus importantes pour Facebook et au sujet desquelles l’entreprise ne nous laisse aucun contrôle : l’ensemble des caractéristiques sociales, économiques et comportementales que le réseau associe à chaque utilisateur afin de mieux le cibler.

Ce que Facebook sait de nous

En 2013, l’université de Cambridge a conduit l’étude suivante : 58 000 personnes ont répondu à un test de personnalité, puis ce test a été recoupé à tous leurs « j’aime » laissés sur Facebook. En repartant de leurs seuls « j’aime », l’université a ensuite pu estimer leur couleur de peau (avec 95 % de certitude), leurs orientations politique (85 %) et sexuelle (80 %), leur confession religieuse (82 %), s’ils fumaient (73 %), buvaient (70 %) ou consommaient de la drogue (65 %).

Cette démonstration a permis de mettre en lumière le fonctionnement profond de l’analyse de masse : quand beaucoup d’informations peuvent être recoupées s’agissant d’un très grand nombre de personnes (plus de 2 milliards pour Facebook, rappelons-le), de très nombreuses corrélations apparaissent, donnant l’espoir, fondé ou non, de révéler automatiquement (sans analyse humaine) le détail de la personnalité de chaque individu.

Aujourd’hui, Michal Kosinski, le chercheur ayant dirigé cette étude, continue de dénoncer les dangers de l’analyse de masse automatisée : il explique (EN) que, par une telle analyse de masse, de simples photos pourraient révéler l’orientation sexuelle d’une personne, ses opinions politiques, son QI ou ses prédispositions criminelles. Qu’importe la pertinence des corrélations résultant de telles analyses de masse, c’est bien cette méthode qui a été à la source du fonctionnement de Cambridge Analytica, dont les conséquences politiques sont, elles, bien certaines.

Une application aussi révélatrice qu’inquiétante de telles méthodes est l’ambition (EN) affichée par Facebook de détecter automatiquement les personnes présentant des tendances suicidaires. En dehors de cette initiative discutable2, Facebook révèle ici l’ampleur et le détail des informations nous concernant qu’il espère déduire des analyses de masse qu’il conduit.

suite sur : La Quadrature du Net | Internet & Libertés

https://www.laquadrature.net/fr/att...

GAFAM - Action de groupe contre les GAFAM. Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft)

https://gafam.laquadrature.net/

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« Veuillez accepter nos conditions » : la fabrique du consentement chez Facebook (et les moyens d’y mettre fin)

https://scinfolex.com/2018/04/22/ve...

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