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Ouest-France : Lettre ouverte au personnel d’Infomer.

mardi 20 septembre 2005

Au mois d’août, la direction d’Infomer a procédé au licenciement pour « faute grave » de Nicolas de La Casinière, correspondant du Marin à Nantes et Saint Nazaire depuis 1988. En 17 ans, le Marin n’a jamais eu à se plaindre de la couverture de l’actualité portuaire de Loire-Atlantique par son pigiste. Or un licenciement qualifié pour « faute grave » est réservé à ceux qui ont volé quelque chose dans l’entreprise, ont été en état d’ébriété au travail, ont commis une faute professionnelle, ont persisté dans le refus d’exécuter un ordre, ou exercé des violences à l’égard des autres salariés. Autant de reproches qualifiés de « faits d’une telle gravité qu’ils rendent immédiatement et définitivement impossible toute collaboration professionnelle entre l’employeur et le travailleur », disent les textes. En fait, la « faute » qui lui est reprochée n’a pas de lien avec son activité de salarié. Aucun grief professionnel n’a été relevé contre lui.. Aucun manquement à un règlement intérieur. Rien qui ne concerne Infomer. La lettre recommandée de licenciement et l’entretien préalable lui reprochent uniquement des textes concernant Ouest France, sans préciser lesquels, parus dans le journal nantais la Lettre à Lulu*, modeste journal satirique associatif auquel il collabore.

Lors de l’entretien préalable au licenciement, Rodolphe de Loynes, directeur de publication et responsable de la rédaction, a ainsi expliqué que l’actionnaire Ouest France, et plus précisément François Régis Hutin, sa femme et sa fille, était « lassés du dénigrement systématique, des propos malveillants sur le groupe et sur Ouest France et des écrits depuis des années » dans ce journal satirique. Selon le code du travail, une faute grave doit s’établir sur des faits précis, de moins de deux mois, concernant l’exercice du contrat de travail. Aucun de ces critères n’est rapporté dans l’accusation de faute grave. Le directeur a même du admettre qu’il « n’avait pas instruit le dossier », et qu’effectivement, Ouest France n’était pas l’employeur de Nicolas de La Casinière. Questionné sur le lien avec la grève des pigistes de février et mars dernier, Rodolphe de Loynes a assuré qu’il n’y en avait aucun, mais quant à savoir pourquoi ce licenciement intervenait comme ça subitement, en plein mois d’août, il a, faute de mieux, répondu : « pourquoi pas ? ». Parallèlement, il avait informé le délégué syndical CFDT de la procédure en ajoutant que l’entreprise perdrait très certainement les procès que Nicolas de La Casinière pourrait intenter pour défendre ses droits aux prud’hommes, mais que peu importait, l’entreprise paierait. Rodolphe de Loynes a, par ailleurs, montré un article paru en avril dernier dans La Lettre à Lulu relatant une audience des prud’hommes de Nantes : une correspondante locale de presse en poste depuis onze ans assigne Ouest France au tribunal pour réclamer la requalification de son contrat de travail en emploi salarié. La publicité faite à cette démarche a, semble-t-il, agacé les plus hautes sphères du groupe Ouest-France. L’enjeu pourrait concerner de nombreux collaborateurs du quotidien, employés comme correspondants de presse. Ce statut, de correspondant de presse dans la presse quotidienne régionale est normalement réservé à des collaborateurs qui ont une activité professionnelle par ailleurs. En les maintenant dans cette situation, Ouest France sous-paye ses employés et évite les charges sociales dont le journal devrait s’acquitter s’il rémunérait en salaire ces journalistes de fait, leur laissant le choix entre la précarité permanente et l’arrêt de toute collaboration. C’est ce genre de vérité qui est donc reprochée au journaliste que l’on sanctionne : d’avoir exercé son devoir d’informer. La liberté de la presse, légitimement prônée par Ouest France, serait-elle intolérable quand Ouest France est justement le sujet de ce droit d’information ?

A noter aussi la façon dont l’affaire a été menée : après 17 ans de service, Nicolas de La Casinière a été licencié dans des conditions expéditives. Douze jours entre la lettre le convoquant à l’entretien préalable au licenciement et le recommandé signifiat qu’il ne faisait plus partie du personnel. Le 10 août, l’affaire était expédiée. Légalement, un licenciement qualifié pour « faute grave » implique qu’aucune indemnité légale n’est due au salarié sanctionné. Après 17 ans comme salarié Nicolas de La Casinière subit un traitement que l’on réserve habituellement à ceux qui mettent en danger le fonctionnement de l’entreprise.

Yves Gaubert, délégué du personnel et délégué syndical SNJ

* Vous pouvez juger par vous-même sur le site la lettre à lulu où sont versées toutes les archives de la cinquantaine de numéros parus depuis 1995. Un moteur de recherche interne permet de cibler les articles évoquant des écrits de François Régis Hutin et ses proches.

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Pétition de protestation

Le 5 septembre 2005

Monsieur le directeur,

Nous, délégués syndicaux d’Infomer, protestons contre le licenciement de Nicolas de La Casinière pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son activité professionnelle dans l’entreprise.

La direction d’Infomer a licencié Nicolas de La Casinière en évoquant des articles dénigrant l’actionnaire et des salariés du groupe. Aucun des articles incriminés ne met en cause la société Infomer. Et ils ont été écrits dans un contexte extérieur à l’entreprise. Ces papiers relèvent donc du droit de la presse et non de la relation employeur-salarié. Dans ces conditions, nous ne voyons pas comment il est possible de caractériser une faute grave.

La lettre de convocation de Nicolas de La Casinière à un entretien préalable avant licenciement, l’entretien lui-même, et la lettre signifiant le licenciement ne font d’ailleurs aucune allusion à une faute commise par l’intéressé dans l’exercice de ses fonctions à l’intérieur de l’entreprise.

Nous affirmons notre totale solidarité avec notre confrère et nous demandons sa réintégration dans les fonctions qu’il occupait.

Les délégués du personnel et délégués syndicaux d’Infomer Michel Le Tallec, CFDT Yves Gaubert, SNJ

signer cette pétition et l’envoyer par mail ou par courrier au directeur d’Infomer à :

rdeloynes infomer.fr ou Rodolphe de Loynes, Infomer, 13 rue du Breil CS 46305 ZU Rennes-Chantepie 35063 Rennes cedex

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