LDH Rennes
Il y a eu les bûchers de l’Inquisition, il y a eu la Saint-Barthélémy, il y a eu les conversions forcées des juifs et des musulmans en Espagne et au Portugal ou des Indiens en Amérique latine. Il y a eu les assassinats légaux du chevalier de la Barre ou de Jean Calas…
Il y a les attentat-suicides par lesquels certains visent, au nom de Dieu, à faire le plus de victimes en se faisant exploser. Il y a les confiscations de terre appartenant à d’autres au nom de la Bible et au détriment de la paix…
Et Nicolas Sarkozy veut nous faire croire, par ses discours dans des lieux éminemment symboliques, le Vatican et l’Arabie saoudite, que seules les croyances religieuses nous vaccinent contre le fanatisme !
Mais ne nous y trompons pas : en installant ses convictions religieuses au cœur de la représentation de la République, c’est à l’un des fondements de la République que s’attaque l’actuel président : la laicité, garant de notre vivre-ensemble et rempart contre le communautarisme. La loi de 1905 est l’aboutissement du long combat ouvert par les humanistes de la Renaissance et poursuivi par les philosophes des Lumières, pour la liberté de conscience, la liberté d’opinion et l’ensemble des libertés publiques qui fondent notre démocratie. Séparer les Eglises et l’Etat et exclure le religieux du domaine public garantissent la liberté de prier ou de ne pas prier, et la liberté de penser dans les domaines politique et scientifique.
Non, la civilisation française ne se réduit pas à ses racines chrétiennes : elle est aussi la philosophie des Lumières, qui permit de déboucher sur la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen le 26 août 1789.
Plus encore : c’est à la dimension sociale de la République –« indivisible, laïque, démocratique et sociale » dit le préambule de la Constitution- que s’attaque aussi N. Sarkozy . Il remplace l’espérance civique en un monde meilleur, moteur des luttes sociales, par l’espérance religieuse qui invite à l’attendre dans l’au-delà et fait que les peuples se tiennent tranquilles et respectent l’ordre établi.
Concrètement, parler de la « désaffection des paroisses rurales », du « désert spirituel des banlieues » ou regretter la « disparition des patronages », c’est confier à la religion un rôle de régulateur social, créateur de lien ou de « supplément d’âme » afin de faire oublier une politique sociale catastrophique, marquée par la disparition des services publics et le retrait de l’Etat de ses fonctions sociales de production d’égalité. On reconnaît là l’idéologie typique qui associe ultralibéralisme et complément caritatif. Mais les campagnes ou les banlieues n’ont pas besoin de plus de religion ou de plus de charité, elles ont besoin d’une véritable politique de promotion et d’égalité sociale.
Enfin, souhaiter l’avènement d’une « laïcité positive » après avoir souligné les « souffrances » qu’a provoquées la mise en œuvre de la loi de 1905, c’est préparer au « toilettage » » de la loi –en fait sa destruction- tel que le propose la commission Machelon : le financement par l’Etat de la construction de lieux de culte au motif que les musulmans n’en ont pas assez. Mais si on subventionne une religion, il faudra subventionner les autres, au nom du principe d’égalité républicaine. Et, quand on sait l’importance que N. Sarkozy accorde aux « nouvelles spiritualités », les sectes, notamment les Témoins de Jéhovah et l’Eglise de scientologie, seront habilitées à réclamer officialisation et financement. Et le communautarisme triomphera
Il n’est pas du rôle du Président de la République française de faire état de ses opinions religieuses et philosophiques. Si nous ne réagissons pas à ses déclarations, c’est la paix civile qui sera menacée et c’est à un bond en arrière de trois siècles que nous serons confrontés : le combat des philosophes des Lumières sera à recommencer .
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