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Huit universitaires démissionnent de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration

samedi 19 mai 2007, par rennes info

Ils démissionnent des instances officielles de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) pour protester contre l’instauration « inacceptable » d’un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale ».

La Cité de l’histoire de l’immigration, située Porte-Dorée à Paris et dont le président du conseil d’orientation de l’établissement est Jacques Toubon, devrait ouvrir ses portes dans le courant de l’année. Créée en janvier 2005, elle proposera de nombreuses manifestations, outre un musée national.

Communiqué de démission des instances officielles de la CNHI de huit historiens et démographes

Immigration et identité nationale : une association inacceptable

18 mai 2007

Depuis 2003 nous avons participé au projet de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Cette Cité, qui doit ouvrir ses portes en cette année 2007, a été voulue, comme un nouveau lieu de l’histoire de France, au lendemain des élections présidentielles de 2002, à l’occasion desquelles les Français avaient signifié leur refus de la tentation xénophobe. Ce lieu entend changer le regard de nos contemporains sur leur société en rappelant comment, depuis deux siècles, les étrangers, venus par vagues successives, ont contribué à développer, transformer et à enrichir la France. Rendre compte de la diversité des histoires et des mémoires individuelles et collectives, en faire l’histoire de tous, avec ses moments glorieux et ses zones d’ombre, aider ainsi au dépassement des préjugés et des stéréotypes, tels sont les enjeux qui nous ont mobilisés autour de ce projet.

L’instauration d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale », remet en cause ces objectifs. Les mots sont pour le politique des symboles et des armes. Or il n’est pas dans le rôle d’un Etat démocratique de définir l’identité. Associer « immigration » et « identité nationale » dans un ministère n’a jamais eu de précédent dans notre République : c’est, par un acte fondateur de cette présidence, inscrire l’immigration comme « problème » pour la France et les Français dans leur être même.

Ce rapprochement s’inscrit dans la trame d’un discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans les moments de crise. Là où le pari de la CNHI était celui du rassemblement tourné vers l’avenir, autour d’une histoire commune que tous étaient susceptibles de s’approprier, ce ministère menace au contraire d’installer la division et une polarisation dont l’histoire a montré les ravages. Voilà pourquoi nous démissionnons à compter de ce jour de nos fonctions officielles à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Nous tenons cependant à saluer le remarquable travail effectué depuis plus de trois ans par Jacques Toubon et toute son équipe. Nous avons pu y être associés dans un esprit de liberté intellectuelle et d’indépendance. Nous continuerons de soutenir ce projet tant que son esprit perdurera.

Marie-Claude Blanc-Chaléard, historienne (Paris1)
Geneviève Dreyfus-Armand, historienne (BDIC)
Nancy L. Green, historienne (EHESS)
Gérard Noiriel, historien (EHESS)
Patrick Simon, démographe (INED)
Vincent Viet, historien (IDHE)
Marie-Christine Volovitch-Tavarès, historienne
Patrick Weil, historien (CNRS-Paris1)

source : http://www.ldh-toulon.net/

1 Message

  • Quand l’Etat s’approprie l’identité nationale,‭ ‬la xénophobie est là

    Que peut bien venir faire l‭’« ‬Identité nationale‭ » ‬dans les grands domaines d’action et de gestion de l’Etat‭ ? ‬L’appellation des ministères dessine,‭ ‬en effet,‭ ‬les principaux champs de compétences et de pouvoir du gouvernement de cet Etat.‭ « ‬Développement durable‭ »‬,‭ « ‬Travail et relations sociales‭ »‬,‭ « ‬Economie et Emploi‭ »‬,‭ « ‬Défense‭ »‬,‭ ‬etc.‭ ‬y trouvent naturellement leur place.‭ ‬Et pourquoi pas l‭’« ‬ Immigration‭ »‬,‭ ‬dans le contexte utilitariste explicitement assumé par la réforme de‭ ‬2006‭ ‬de la réglementation relative aux étrangers,‭ ‬selon laquelle le migrant est plus que jamais assimilé à une ressource parmi d’autres ‭ ?

    ‬Au nom de l’égalité des êtres humains et de l’universalité des droits essentiels dont ils doivent tous bénéficier,‭ ‬l’UCIJ a condamné cette réforme et rejette les notions d‭’« ‬immigration choisie‭ » ‬et d‭’« ‬ immigration subie‭ »‬.‭

    ‬Avec la création d’un ministère de l‭’« ‬Immigration,‭ ‬de l’Intégration et de l’Identité nationale ‭ »‬,‭ ‬M. Sarkozy avance davantage sur le chemin de la division de l’espèce humaine.‭ ‬En investissant l’Etat du pouvoir de définir l’identité nationale et de veiller à son intégrité,‭ ‬il le détourne de sa mission républicaine qui lui impose de garantir les droits de tous les résidents,‭ ‬quelle que soit leur nationalité.‭ ‬Sauf au cours des périodes les plus détestables de l’histoire de France,‭ ‬l’Etat ne s’est jamais senti responsable des seuls Français ‭ ; ‬il n’a jamais officiellement laissé entendre que les étrangers pouvaient polluer l’identité nationale.‭ ‬L’Etat ne saurait être assimilé à la nation.‭ ‬Il doit la transcender.‭

    ‬Fidèle à cette orientation nationaliste,‭ ‬le nouveau premier ministre,‭ ‬François Fillon,‭ ‬a affirmé,‭ ‬lors de la passation de pouvoir à Matignon le‭ ‬17‭ ‬mai‭ ‬2007,‭ ‬que‭ « ‬la plus grande force de la France,‭ ‬ce sont les Français eux-mêmes »‬,‭ ‬oubliant ainsi les résidents étrangers.‭ ‬L’omission est particulièrement paradoxale dans une période où le seul étranger recevable est celui qui sert l’économie.‭

    ‬L’UCIJ constate une fois de plus que la fermeture des frontières aux étrangers qui ont besoin de la France pour des raisons familiales,‭ ‬de sécurité ou de bien-être conduit inexorablement à justifier la violation des droits fondamentaux‭ ‬-‭ ‬droit de vivre en famille,‭ ‬asile,‭ ‬etc.‭ - ‬par la légitimation de vieilles et dangereuses valeurs xénophobes.‭

    ‬L’UCIJ condamne solennellement cette dérive.‭ ‬Elle invite la société civile à prendre garde aux risques majeurs qu’elle fait courir au principe d’égalité des êtres humains.

    Paris,‭ ‬18‭ ‬mai‭ ‬2007

    Voir en ligne : Quand l’Etat s’approprie l’identité nationale,‭ ‬la xénophobie est là

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