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ESSAI : Une interprétation de l’amitié entre les peuples Christian Delarue

vendredi 28 octobre 2005, par rennes info

ESSAI : Sur "l’amitié entre les peuples" (formule du MRAP)

La formule du MRAP est belle mais mérite quelques éclaicissements. Elle permet au MRAP, mouvement contre le racisme, de sortir d’une vision franco-française du racisme et même d’une vision continentale : le racisme en Europe. Elle permet de s’attacher à la compéhension du monde tel qu’il tourne actuellement avant de se focaliser sur les problèmes de discriminations raciales ; ou sur les questions d’instrumentalisation de l’ethnique ou du communautaire.

A l’examen des précédents écrits publiés sur la liste "mondialisation" sur cette question de la mondialisation j’ai remarqué que bizarrement les peuples était quasiment ignoré au profit exclusif des droits de l’homme, des droits des femmes et des enfants . Une dimenssion certes essentielle de la mondialisation excluante mais pas la seule (cf. texte de Stéphanie TREILLET ou celui de Sophie SAFARI sur ce sujet) . A partir de mes propres recherche pour la commission mondialisation j’en arrive à un constat qui réhabilite les peuples, ce qui convient bien à la formule du MRAP :"l’amitié entre les peuples".

I - L’amitié

Le terme semble relever plus des liens interindividuels que des rapports entre grandes entités sociales, entre les peuples. Pourtant le terme est entré des les moeurs aux côtés de fraternité et de solidarité.

A) L’amitié comme rapport dynamique d’opposition

L’amitié, au regard de notre propos, s’oppose aux relations guerrières, aux dominations diverses . L’amitié ne s’accomode pas des rapports sociaux d’exploitation et d’oppression. Cette opposition est aussi dynamique au sens ou elle tend à générer une recherche d’alternative : Sous cet angle l’amitié suppose une recherche théorique et pratique en vue d’une perspective de libération, d’émancipation. L’amitié ne fais pas moins. Elle ne s’accomode pas de la fin de l’Histoire (Fukuyama). Une monde postcapitaliste est concevable afin d’instaurer une civilisation de partage et d’égalité, une société laïque et pacifique. Pas de racisme et de sexisme dans ce type de société. Il ne s’agit pas d’en rester àune utopie généreuse mais d’avancer des axes de développement d’un "autre monde possible".

B) Amitié et notions voisines : les rapports de différenciation

- L’amitié n’est pas sa version faible et en quelque sorte frelatèe : "le copinage" . Elle ne s’accomode pas, je l’ai dit, de la fin de l’Histoire (Fukuyama).

- L’idèe de fraternité semble plus forte que celle d’amitié mail elle a été bien malmenèe. Famille je te hais signifie aussi qu’entre frères on peut se vouer des haines froides et blessantes . La fraternité ne va pas de soi. En fait la fraternité "progressiste" ne va pas "seule" elle doit se combiner avec liberté et égalité pour tirer la société vers le haut. (Cf. Ernst Bloch sur la dignité)

Surtout, la fraternité ne peut plus être élitiste ou patriarcale . Elle ne peut plus se concevoir comme l’amitié des seuls hommes, une amitié longtemps conçue de façon élitiste par Aristote jusqu’à Montesquieu . Fraternité devrait pouvoir comprendre la sororité et non l’exclure ; ce qui postule un changement de nom : celui de solidarité est souvent employé.

Sous ces réserves - et si l’on veut garder le mot _ il y a alors quatre sortes de fraternité à distinguer : 1 - la fraternité conservatrice-hiérarchique ou chacun reste à sa place mais ou celui d’en haut aide celui d’en bas, 2 - la fraternité-dépouillement ou celui d’en haut descent vivre avec ceux d’en-bas sans vouloir bousculer les rapports sociaux, 3 - la fraternité "blanche", celle de l’Europe forterresse qui se blinde contre le sud. 4 - La fraternité de lutte pour la libération et l’émancipation humaine.

- La solidarité peut aussi être organique et globale (entreprise, nation, marché intérieur...) voilant les rapports sociaux et la lutte de classes mais il peut s’agir d’une solidarité de lutte de libération et d’émancipation sociale.

La notion d’amitié entre les peuples suppose un lien fort de solidarité combattante. L’amitié n’est pas le copinage. L’amitié est soutenue par une compréhension du monde qui donne toute sa place aux peuples. Quels peuples ?

II - Le peuple, les peuples .

Le terme est flou, diversement employé par les juristes internationaux (cf. mon mail sur le jus cogens) mais je lui propose une définition en négatif d’abord, en positif ensuite.

A) Première définition par ce qu’il n’est pas.

- Le peuple ce n’est pas la nation. Cet dernière notion est à la fois bcp plus abstraite et bcp plus englobante : les couches dominantes et les dirigeants tant politique qu’économique sont en général à la nation, c’est loin d’être toujours le cas s’agissant du peuple. Dans les pays semi-coloniaux, le MRAP ne soutient pas les bourgeoisies compradores no seulement corrompus mais aux ordres des gouvernements impérialistes.

- Le peuple n’est pas l’humanité . L’humanité est sans doute composé de peuples et d’être humains. Mais les deux notions sont bien différentes. Une humanité réconciliée avec elle même, débarrassèe de ses grands conflits fait parti des objectif lointain du MRAP.

- Le peuple n’est pas la multitude . La notion de peuple pourrait se rapprocher de celle de multitude . Mais Tony NEGRI tient à distinguer les termes multitude, peuple, nation. Le concept de multitude semble reprendre celui ancien de masse mais avec un contenu plus enrichi de diversité, d’individualité.

- Le peuple n’est pas non plus la société civile, autre concept voilant les rapports sociaux et englobant les organisations patronales et les organisations syndicales et parmis les ONG et autres associations celles sont à l’appui de la "corporate gouvernance" et celle qui s’y opposent.

- Le peuple n’est pas les masses : Je renvoi aux distinction d’Elias Canetti

- Le peuple est plus large que le salariat.

B) Définition proposée :

Si l’on suit Patrick TORT il s’agit de ceux qui ne décident pas. Ils ne sont donc pas dirigeant ni politiquement ni économiquement . C’est un bon indice à ne pas absolutiser . Pour moi ( voir le texte "mondialisation et immigration sur le site du MRAP) le peuple, dans les pays périphériques et au regard de la montée en puissance des FMN, se résume pour l’essentiel aux salariés et paysans, dont une grande fraction de ces derniers quitte les campagnes pour la ville et surtout devenir salariés pauvres dans les bidonvilles à la périphérie des villes. On pourrait y ajouter les artisants . Certains y ajoute le petit patronat.

Face aux difficultés d’une conception statique il faudrait aussi distinguer les peuples en lutte de ceux qui subissent une ou des dominations sans pouvoir réagir. Les peuples en luttes se donnent le plus souvent des organes dirigeants qui pose tôt ou tard la question du type de soutien accordé à ces peuples et mouvements.

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