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A celles et ceux qui votent Mélenchon

dimanche 12 mars 2017

Tribune

Une adresse aux « insoumis » par un militant de la Gauche Indépendantiste….

L’idée de ce texte et des autres qui suivront n’est pas de faire une analyse de la campagne présidentielle. Nous ne parlerons pas des programmes, des chiffres, des sondages, de qui, peut-être dans le pseudo-suspens d’un grand chambardement, fera se perpétuer tranquillement et dans l’ordre la tristesse de notre monde. Nous reviendrons plutôt en détail sur les différents aspects qui alimentent notre rejet profond des élections de 2017.

Il parait que des gens du Front de gauche – la France insoumise qu’ils s’appellent maintenant – chantent l’Internationale en ajoutant à la partie « Ni dieu, ni César, ni tribun », « Ni Mélenchon ». Amusant comme on peut être juge et partie d’un culte de la personnalité, sans doute une forme d’humour par l’absurde. Mettre le nom et la gueule de quelqu’un partout, s’imaginer que lui donner le pouvoir le plus absolu en France représente une émancipation collective, attendre avec impatience la victoire du sauveur… et être insoumis-e, voilà qui est pour le moins intriguant.

Être insoumis-e en dépendant d’un homme providentiel, quand bien même de gauche ? Ou peut-être que le fait qu’il soit de gauche excuse tout. Notamment qu’il vienne du PS, qu’il y ait forgé sa carrière politique et médiatique. Peut-être cela excuse aussi que le tribun en quête de pouvoir ne lève pas la voix sur les méthodes coloniales de la police française qui font s’agiter la jeunesse depuis plusieurs semaines.

Accordez-lui au moins une forme de logique et de constance, il n’a pas soutenu les élans insurrectionnels contre la loi travail, il ne soutiendra jamais aucune émeute, lèvera toujours la voix contre les « casseurs », contre les zadistes qui lui jettent de la boue, en les traitant de fascistes, il parlera de manipulation de la police ou de l‘extrême droite quand il y aura de la violence en manifestation. En somme il continuera de faire ce qu’il a toujours fait, se battre corps et âme pour sa prise de pouvoir et le maintien de l’ordre dans lequel il compte bien régner. Masses laborieuses en colères restez chez vous, regardez Mélench’ à la télé, ne vous exprimez pas, ne vous organisez pas, regardez, il est en train de le faire pour vous. Participez à l’action dans le cadre défini, la participation à sa campagne, et le vote pour lui évidemment.

Ce qui énerve beaucoup avec Mélenchon c’est l’aspect gauche tamponnée « autorisée à la consommation ». Il faut bien quelqu’un d’un peu gauche pour barboter dans le bain médiatique au nom du pluralisme et de la démocratie. C’est intéressant d’avoir quelqu’un pour absorber les ruptures qui se consomment au fur et à mesure des années. Plutôt que d’aller vers la marge et le combat de terrain, regardez Mélenchon, de la gauche qui brille, qui doit être crédible puisque médiatique. Ses grandes saillies sociales font même souvent oublier le cadre de sa pensée globale, celle qui lui donne aussi l’accès aux médias, celle qu’on a du mal à ne pas voir depuis les marges bretonnes.

On a du mal par exemple à apprécier ses déclarations sur l’empire colonial français, lui qui vante une France dont le littoral s’étend sur toutes les mers du monde. De la punchline à la Mélench qui concurrencerait même les tournures du style, « le soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique », « la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris », et autres métaphores merveilleuses de l’histoire coloniale. Et rappelons qu’à propos des échanges sur la colonisation crime contre l’humanité, le tribun ose dire qu’il faut peser ses mots, son porte-parole que ces genres de propos n’ont pas de sens…

On a d’ailleurs hâte d’entendre Mélenchon discuter avec Oscar Temaru, indépendantiste polynésien lui aussi candidat à l’élection. L’ONU considère au passage à nouveau la Polynésie comme territoire à décoloniser. Son talent d’orateur sera bien utile pour lui expliquer face caméras les bienfaits de la France internationale qui a ses côtes sur tous les océans, notamment grâce à la Polynésie, la Kanaky, la Guyane, la Martinique… Territoires français n’est-ce pas, rien à voir avec la colonisation.

Et sur la colonisation intérieure on a du mal à digérer en Bretagne les phrases de Mélenchon sur la langue bretonne. Qu’il vienne dans les troquets et sur les marchés de Scaër, Melrand, Brasparts, Douarnenez, Lannion ou autres, qu’il vienne expliquer aux vieux et aux jeunes parlant breton que leur langue est une langue d’intellectuels sur-unifiée créée par les nazis pendant la guerre comme il aime à le dire. Heureusement pour lui, toutes ses positions ultra nationalistes républicaines n’apparaissent que très peu dans les débats. Et pour cause, ces positions sont la norme des gens qui barbotent entre eux sur les plateaux télés parisiens. Qui donc porterait, à lui ou à quelqu’un d’autre, la contradiction sur ces idées ? Personne, c’est plus simple, la contradiction n’existe pas, donc le problème n’existe pas non plus.

Le problème Mélenchon est une chose, le problème des gens qui le soutiennent en est une autre. Mais avec eux au moins on peut discuter, ils sont plus proches de nous, c’est-à-dire dans le monde réel et pas dans les stratosphères du tribun providentiel. Alors on vous le demande, vous qui allez voter pour Mélenchon, vous étiez dans la rue contre la réforme des retraites, contre la loi travail, vous avez soutenu la ZAD, vous tentez de faire de l’action de terrain et de la politique concrète ? Et puis quoi, vous allez voter pour lui, et il va perdre, et vous serez déçus. Et vous aurez gâché un dimanche et de l’espoir en un flan médiatique qui finira par retomber. Autant rester dans la rue plutôt que de passer par l’isoloir.

Mais on peut faire les deux disent certain-e-s, l’un n’empêche pas l’autre. Sauf que si très concrètement, l’un empêche l’autre. Vous verrez, s’il faut mettre en œuvre une contestation de gauche face à un pouvoir mélenchonien, vous verrez que les rangées de CRS de la France insoumise feront vite se rappeler des positions de Mélenchon sur l’ordre, l’autorité, les vilains casseurs. A moins de penser qu’avec le sauveur tout ira pour le mieux dans le meilleurs des mondes, il fera tout parfaitement bien, lui l’homme du PS c’est l’ami du peuple n’oublions pas. Peut-être qu’il n’y aura pas besoin, ou pas le droit, de contester. Accordez nous au moins le doute sur cet avenir en commun incertain.

Entre l’isoloir présidentiel et la rue, on peut même dire que l’un est utile et que l’autre ne sert à rien. Enfin si, l’isoloir sert à resserrer les liens autoritaires de la fausse fraternité républicaine, celle de l’ordre, que Mélenchon acclame sans cesse. Celle du triptyque de la politique sérieuse, entre médias où nous avons le droit d’écouter, isoloirs où nous avons le droit de voter, CRS qui s’assurent que nous n’ayons le droit de ne rien faire d’autre. En somme la politique à son cadre, celui dans lequel se trouve Mélenchon, celui que nous voulons faire voler en éclat.

Mais attention, pointe révolutionnaire oblige, Mélenchon va nous changer de République, du balais ! Il s’est même permis depuis plusieurs années de reprendre honteusement les slogans de révoltes populaires, « dégage », « qu’ils s’en aillent tous » – on insiste sur le « tous » – pour dire : ‘virez les et mettez moi à leur place’. Au départ il vantait la révolution citoyenne, puis la nouvelle constitution sans révolution, mais vous remarquerez l’absence de différence réelle entre les deux concepts. Un vrai braquage digne du grand banditisme, ramener des gens en rupture avec la Ve république à participer activement à son système électoral au nom d’une VIe république portée par quelqu’un qui ne sera pas élu et qui donc ne la fera pas. Nous, on propose de s’écarter toujours plus de cette république capitaliste coloniale, qu’importe le numéro que l’on met devant, alors que la campagne de Mélenchon aura le grand avantage de ramener toujours plus de gens dans son orbite.

Car au final, si même Mélenchon n’avait que des bonnes positions sur toutes les thématiques émancipatrices pour les individus, les communautés et les peuples que nous défendons, quel serait l’intérêt ? Il est intriguant de voir toujours plus de gens chercher à défendre l’action de terrain, l’émancipation locale politique, économique, culturelle, sociale, et continuer à regarder vers Paris. Si vous laissez la politique dans les plateaux télés et les institutions parisiennes n’imaginez pas qu’elle vous laissera des espaces de libertés et d’actions. Voter pour ça, c’est renforcer sa légitimité. Les espaces de libertés se construisent sur le terrain et de multiples façons, toutes différentes et interdépendantes. L’élection présidentielle à l’inverse c’est un nuisible, un élément et un événement extérieur, là où se change le visage de la personne incarnant le pouvoir qui fait la chasse à ces espaces.

Ou peut-être faut-il être réaliste, se dire que le pouvoir est là dans la présidentielle et qu’il faut faire avec, jouer le jeu ou disparaître. Et bien vive la disparition. Car voter pour un des perdants ne pourra jamais enlever la crédibilité globale que cela donne au gagnant-e du fait de la participation à l’élection en elle-même. Et il faut aussi être réaliste pour comprendre que ce pouvoir ne sera jamais là pour nous servir mais toujours là pour que nous le servions. Nous, on propose de prendre les voiles et d’agir sur notre territoire, on propose l’échelon Bretagne. Rejoignez-le ou pas, si vous agissez localement sur ce territoire vous y êtes déjà. Mais cessez donc de laisser à Paris le droit de nous gouverner. Un préfet nommé par un pouvoir mélenchonien reste un préfet.

YFP

http://www.bretagne-info.org/

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